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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 08:12

En 1604-5, alors que la guerre entre l’Empire ottoman et l’Iran safavide dure depuis des décennies, Shâh Abbâs Ier décide de contrer l’avancée ottomane en Arménie par la tactique de la terre brûlée : il fait détruire des récoltes et des cités, et déporte des centaines de milliers d’Arméniens dans les villes iraniennes. Il fit ainsi emmener 20’000 habitants de Djolfâ, une cité commerçante près de l’Araxe, à Ispahan, où ils s’installèrent dans un quartier baptisé la Nouvelle Djolfâ. En échange de ses bons et loyaux services, le roi octroya à la communauté une indépendance administrative et judiciaire et le monopole du commerce de la soie. Sa prospérité favorisa une étonnante floraison artistique et intellectuelle, dont témoignent encore treize églises. La plus importante est la cathédrale de Vank (1658-62). Construite en briques, son plan s’inspire des mosquées à coupole sur pendentifs safavides. Les céramiques sont arméniennes par leurs thèmes religieux, et safavides par la technique et certaines scènes bucoliques. Les peintures murales intérieures sont de style italo-flamand ponctué d’influences russes : elles représentent des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que la vie de saint Grégoire l’Illuminateur, qui convertit l’Arménie au christianisme au début du IVe siècle. Les douze autres églises datent presque toutes du XVIIe s.: Saint-Grégoire-l’Illuminateur a été construite au XVIIIe siècle, Saint-Etienne et Saint-Jacques ont été restaurées au XIXe siècle. Leur esthétique est analogue: une architecture en briques mi-arménienne, mi-safavide, des peintures et des céramiques mi-orientales mi-européennes.  

 

 

Le témoignage de Jean Chardin (XVIIe siècle)

 

Un riche marchand du lieu, nommé Avadick, qui avait voyagé en Italie, s’était laissé persuader que de peindre les églises était d’un grand mérite devant Dieu, parce que les églises pleines de peintures lui sont bien plus agréables que les autres. Ce marchand, dis-je étant de retour à Julfa [c’est-à-dire la Nouvelle Julfa à Ispahan], se mit à importuner l’évêque et les moines pour lui laisser peindre l’église. Elle était auparavant nue, à la manière des Arméniens qui ne souffrent point de représentation dans leurs églises, qu’un tableau de la Vierge avec son enfant dans ses bras, posé sur la table sacrée. Après beaucoup de résistance, on y consentit enfin, mais on s’en est bien repenti depuis ; car les Mahométans viennent à cette église, comme à un théâtre, pour se divertir de la vue de ces peintures. Il leur en faut ouvrir les portes à toute heure ; et comme ils abhorrent les images, c’est une occasion à la plupart de maudire le peuple chrétien et sa religion, croyant que ces peintures sont leurs idoles et les objets de leur culte. Les Arméniens mirent plusieurs fois en délibération, de mon temps, d’ôter et d’effacer toutes ces peintures-là ; et ils l’auraient assurément fait, s’ils n’eussent appréhendé que les Mahométans ne se missent en colère de ce qu’on leur aurait ôté un divertissement.

 

Extrait de Jean Chardin, Voyage en perse, textes choisis et présentés par Claude Gaudon, UGE, 10/18, 1965, p. 306-307.

 

 

La cathédrale Vank (1658-1662)

 

 

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L’église Sainte-Bethléem (1628)  

 

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Photographies : Patrick Ringgenberg

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Published by guidecultureldeliran - dans Architecture iranienne
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Voyages en Iran

 


L'Iran des Religions : du zoroastrisme aux soufis

26 septembre au 15 octobre 2015

A la croisée des routes reliant le Proche et l’Extrême-Orient, l’Iran a accueilli plusieurs religions sur son sol : le mazdéisme, transformé par Zarathoustra, le manichéisme, dont les diverses influences ont atteint l’Occident et la Chine, le judaïsme, qui a conservé plusieurs souvenirs de l’histoire antique de la Perse, le mithriacisme ou culte de Mithra, qui devint la religion des légions romaines, le nestorianisme, et le christianisme arménien, qui a fait de l’Arménie le premier État chrétien. Dès l’époque musulmane, l’Iran est devenu la terre des soufis et d’une extraordinaire floraison de la philosophie platonicienne et mystique. Au XVIe siècle, le chiisme, proclamé religion officielle, fit de l’Iran un monde à part dans l’Islam. Ce voyage exceptionnel vous invite à visiter les principaux sites sacrés qui ont façonné l’Iran des religions, de la ziggurat des Élamites au sanctuaire de l’Imam Rezâ à Mashhad, en passant par les présences subtiles du soufisme et les feux pérennes des zoroastriens.

TEHERAN – SUSE – CHOGHA ZANBIL – SHIRAZ – PERSEPOLIS – YAZD – ISPAHAN – KASHAN – TABRIZ – DJOLFA – MASHHAD  - BASTAM – DAMGHAN – QOM  (17 jours)

 

Voyage accompagné par Patrick Ringgenberg

 

Renseignements / inscriptions : Rediscoveriran.com

 

 


L’Iran du nord-ouest : à la croisée des cultures et des civilisations

30 mai au 14 juin 2015

Moins connu que l’Iran du centre, l’Iran occidental est pourtant d’une grande richesse et diversité : églises arméniennes, vestiges antiques (ourartéens, sassanides), forteresses imprenables, témoignages précieux et spectaculaires des Mongols et des Turcomans. Ce voyage permet de découvrir des jalons historiques majeurs dans cette zone de partage entre plusieurs cultures (arménienne, turque, persane), au long d’un itinéraire allant des magnifiques paysages d’Azerbaïdjan à Téhéran.  

TABRIZ – ORUMIYEH – MAKU – MARAGHEH – TAKHT-E SULEYMAN – ARDABIL – ZANDJAN   –SOLTANIYEH – QAZVIN – ALAMUT – TÉHÉRAN  (16 JOURS)


Voyage accompagné par Patrick Ringgenberg

 

Renseignements / inscriptions : Rediscoveriran.com

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