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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 13:06

 

Ferdowsi 0671

 

A environ vingt kilomètre de Mashhad, le mausolée du poète Ferdowi à Tus est l’un des lieux de visite favoris des Iraniens de passage à Mashhad. Au XIXe siècle, pourtant, la tombe du poète fut peu à peu oubliée et l’édicule qui la marquait, dans les ruines de l’ancienne cité de Tus, disparut. Le voyageur anglais James Baillie Fraser visita les vestiges de Tus en 1822 et écrivit (Narrative of a Journey into Khorasân, in the Years 1821 and 1822) :

 

À une courte distance du portail d’entrée se dresse un dôme orné de carreaux vernissés, si petit que je pensai d’abord qu’il devait former une partie d’une maison privée. Ce dôme couvre la poussière de Ferdowsi, poète célébré, qui après le traitement indigne qu’il reçut de Shah Mahmood Ghisnavee, se retira ici pour mourir. 

 

Après sa visite de Tus plus de trois décennies plus tard, en 1858, le prince russe Nicolas de Khanikoff nota (« Méched, la ville sainte, et son territoire », 1861) :

 

De tous les monuments publics qui ornaient jadis cette ville célèbre, il ne reste debout qu’une tour qui en défendait l’entrée du côté du sud et une grande mosquée cathédrale placée au centre de Tous, et dont la vaste coupole commence à se fendiller et menace ruine. Même le tombeau du poëte Firdousi [Ferdowsi], l’Homère de la Perse, n’est plus connu que par tradition, car maintenant rien ne marque l’emplacement de sa sépulture. À l’endroit où était la petite chapelle, érigée en sa mémoire et visitée encore par Fraser, j’ai trouvé un champ ensemencé de blé, mais l’indifférence de ses concitoyens à l’égard de ses cendres n’empêchera pas que ses œuvres immortelles ne durent aussi longtemps  que la belle langue qu’il a su mettre au service de son génie, et les quarante mille vers harmonieux et pleins d’énergie qu’il a légués à sa patrie entretiendront parmi les Persans le glorieux souvenir de l’époque héroïque de leur passé.

 

Après sa visite de Tus en 1907, le professeur américain Abraham Valentine Williams Jackson publia une photographie (From Constantinople to the Home of Omar Khayyam, 1911), avec la légende : « Notre guide montrant le lieu supposé de la tombe de Ferdowsi ».

 

 

Tus Jackson img954

 

 

C’est entre 1928 et 1934, à la faveur du renouveau nationaliste suscité par l’avènement de Rezâ Shâh Pahlavi, que l’on construisit un mausolée pour le poète épique.

 

 

Ferdowsi 0565

 

 

Situé dans un jardin, le monument – un cube sur un socle à escalier – s’inspire du tombeau de Cyrus le Grand, le fondateur de l’empire achéménide au VIe siècle avant notre ère, enterré à Pasargades (province du Fârs). Les côtés du cube sont ornés de vers du Livre des rois et de décors – chapiteaux, représentations d’un homme au centre d’un disque ailé – inspiré de Persépolis. Une immense crypte, au centre de laquelle se trouve le cénotaphe du poète, fut créée dans les années 1960 : ses murs sont ornés de longues scènes sculptées représentant des épisodes et personnages célèbres de l’épopée.


 

Ferdowsi 0997

 

 

 

Ferdowsi 0850

 

 

Bibliographie

 

A. Shahpur Shahbazi, « Ferdowsî. iii. Mausoleum », in Encyclopaedia Iranica, vol. IX, 1999, p. 524-527

 

Photographies : Patrick Ringgenberg

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 09:22

Les chiffres romains se rapportent aux différentes parties du Livre des rois et permettent de situer les personnages au sein de l’épopée : 

 

I. Partie mythique : du règne de Kyumars à la mort de Fereydun.

II. Partie héroïque : du règne de Manuchehr à celui de Dârâb.

III. Partie historique : du règne de Dârâ (Darius III) à la fin du livre.

 

Pour un résumé du Livre des rois

 

 

Âbtin – I : descendant de Tahmuras, père de Fereydun.

 

Adergushasp – II et III : temple.

 

Afrâsyâb – II : fils de Pashang, roi du Turân.

 

Ahriman – figure du mal dans le zoroastrisme.

 

Ahura Mazda – divinité suprême dans le zoroastrisme.

 

Alborz – chaîne de montagnes au nord de l’Iran.

 

Ardashir – III : roi sassanide / Ardashir Ier, fondateur de la dynastie sassanide (règne 224-241).

 

Arnevâz – I : fille de Djamshid, mère d’Iradj.

 

Aulâd – II : maître d’une région du nord de l’Iran.

 

Avesta – livre sacré du zoroastrisme.

 

Bahman – II : fils d’Esfandyâr, roi d’Iran.

 

Bahrâm ChubinehIII : général des Sassanides.

 

Bahrâm fils de Bahrâm – III : roi sassanide.

 

Bahrâm fils de Ormuzd – III : roi sassanide.

 

Bahrâm fils de Shâpur – III : roi sassanide.

 

Bahrâm Gur ­– III : roi sassanide / Bahrâm Gur (règne 421-439).

 

Bârbad – III : musicien de Khosrow Parviz.

 

barsom – faisceau de branches utilisé dans les rituels par les prêtres zoroastriens.

 

bazm o razm –  « banquet et guerre ».

 

Behesht-e Gangue – II : ville légendaire.

 

Bijen – II : fils de Giv, héros.

 

Buzurdjmihr – III : sage et vizir de Khosrow Anushirvan / Bozorgmehr (VIe siècle).

 

Damâvand – montagne de l’Alborz.

 

Dârâ – III : fils de Dârâb et de la fille de l’empereur byzantin, dernier roi achéménide d’Iran / Darius III (règne 336-330 avant notre ère).  

 

Dârâb – II : fils de Bahman et de sa fille Homây, roi d’Iran.

 

dastur – personnage ayant une autorité politique ou spirituelle.

 

dehqân – petit propriétaire terrien.

 

div – démon.

 

Div Akvân – II : démon.

 

Div Arjang – II : démon. 

 

Div blanc – II : démon.

 

Djamshid – I : fils de Tahmuras, quatrième roi mythique.

 

Djihoun – aujourd’hui Amou Darya : fleuve d’Asie centrale.

 

Esfandyâr – II : fils de Goshtâsp.

 

Farangis – II : fille d’Afrâsyâb, épouse de Syâvush et mère de Key Khosrow.

 

farr (en vieux perse : khvarnah) – lumière de gloire, émanée de Dieu, et donnant au roi le pouvoir, la force et la sagesse. 

 

Fârs – province de l’Iran actuel, au sud du pays. La région fut le berceau des dynasties achéménide et sassanide.

 

Fereydun – I : descendant de Tahmuras, premier roi après la tyrannie de Zahâk.

 

Gangue Diz – II : ville du Turân fondée par Syâvush.

 

Garsivaz – II : frère d’Afrâsyâb.

 

Gayomart – voir : Kyumars.

 

Gershâsp – II : fils de Zow, roi d’Iran.

 

Giv – II : fils de Gudarz et père de Bijen, héros.

 

Gordieh – III : sœur du général Bahrâm Chubineh.

 

Gorgin – II : compagnon de Bijen.

 

Goshtâsp – II : fils de Lohrâsp, roi d’Iran.

 

Gudarz – II : père de Giv, héros.

 

Gurdaferid – II : guerrière iranienne.

 

haft khân – « sept épreuves ». 

 

Hâmâvarân – II : Yémen.

 

Homây – II : fille de Bahman, reine d’Iran.

 

Hormuzd – III : roi sassanide.

 

Hum – II : ermite.

 

Hushang – I : petit-fils de Kyumars, second roi mythique.

 

Iradj – I : fils de Feridun, roi d’Iran.

 

Iskandar – III : Alexandre le Grand (356-323 avant notre ère).

 

Kâveh – I : forgeron.

 

Key Kâvus – II : fils de Keyqobâd, roi d’Iran.

 

Key Khosrow – II : fils de Syâvush et de Farangis, roi d’Iran.

 

Keyanides – II : dynastie iranienne légendaire.

 

Keyqobâd – II : descendant de Feridun, roi d’Iran.

 

Khosrow Anushirvan – III : roi sassanide / Khosrow Anushirvan (règne 531-579).

 

Khosrow Parviz – III : roi sassanide / Khosrow Parviz (règne 591-628).

 

khvarnah – voir : farr.

 

Kyumars ­– I : premier roi mythique. 

 

Lohrâsp – II : descendant de Hushang, roi d’Iran.

 

Mahui – III : assassin du dernier roi sassanide (Yazdegerd).

 

Makrân – région de l’Est iranien.

 

Manijeh – II : fille d’Afrâsyâb, épouse de Bijen.

 

Manuchehr – II : petit-fils de Feridun, roi d’Iran.

 

Mâzandarân – région au nord de l’Iran, au bord de la mer Caspienne.

 

Mazdak – III : fondateur d’un mouvement religieux et social à la fin du Ve et au début

du VIe siècle.

 

Mehrâb – II : petit-fils de Zahâk, roi de Kaboul.

 

Merdâs – I : père de Zahâk, roi arabe.

 

mobed – prêtre zoroastrien.

 

Nowruz – Nouvel An du calendrier solaire iranien, le 21 mars.

 

Nowzar – II : fils de Manuchehr, roi d’Iran.

 

Ormuzd fils de Nersi – III : roi sassanide. 

 

Ormuzd fils de Shâpur – III : roi sassanide.

 

pahlavân – chevalier.  

 

Parthes – dynastie iranienne historique de l’Iran (env. 247 av. J.-C.-224). 

 

Pashang – II : descendant de Tur, roi du Turân.

 

peri – génie, fée.

 

Pirân – II : pahlavân d’Afrâsyâb.

 

Piruz fils de Yazdegerd – III : roi sassanide.

 

Qobâd – III : roi sassanide. 

 

Rakhsh – II : cheval de Rostam.

 

Rostam – II : fils de Zâl et de Rudâbeh, héros.

 

Rudâbeh – II : fille de Mehrâb, épouse de Zâl.

 

Rum – le pays de Rum : l’Asie mineure ou l’Occident.

 

Salm – I : fils de Feridun, roi de Rum.

 

Sâm – II : héros.

 

Sarv – I : roi du Yémen.

 

Sassanides – III : dynastie iranienne historique de l’Iran (224-651).

 

Shahrnâz – I : fille de Djamshid, mère de Salm et Tur.

 

Shâpur Dhu’l Aktâf – III : roi sassanide.

 

Shâpur fils d’Ardashir – III : roi sassanide.

 

Shâpur fils de Shâpur – III : roi sassanide.

 

Simorgh – II : oiseau fabuleux.

 

Sindokht – II : épouse de Mehrâb.

 

Sistân – région de l’Est iranien.

 

Sohrâb – II : fils de Rostam et de Tahmineh, héros.

 

Sorush – I, I, III : ange.

 

Sudâbeh – II : fille du roi du Hâmâvarân, épouse de Key Kâvus.

 

Syâmak – I : fils de Kyumars.

 

Syâvush – II : fils de Key Kâvus.

 

Syâvushgerd – II : ville du Turân fondée par Syâvush.

 

Tahmineh – II : fille du roi de Semengân (Turân), épouse de Rostam.

 

Tahmuras – I : fils de Hushang, troisième roi mythique.

 

Tur – I : fils de Feridun, roi du Turân.

 

Turân – le pays de Tur : le Turkestan ou pays des Turcs, de l’Asie centrale à l’ouest de

la Chine.

 

Yazdegerd – III : dernier roi sassanide / Yazdegerd III (règne 632-651).

 

Zahâk – I : fils de Merdâs, tyran mythique.

 

Zâl – II : fils de Sâm et père de Rostam, héros.

 

Zarathoustra / Zoroastre – II : « prophète » du zoroastrisme.

 

Zendavesta – voir : Avesta.

 

Zereh – lac : sans doute le lac Hamun dans l’actuel Sistân iranien.

 

Zow – II : fils de Tahmâsp et descendant de Feridun, roi d’Iran.

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 09:02

 

DJAMSCHID

 

(Son règne dura 7oo ans.)

 

Djamshid, son fils glorieux, plein d’énergie, et le cœur rempli des conseils de son père, monta sur le trône brillant de Tahmuras, la couronne d’or sur la tête, selon la coutume des rois ; il était ceint de la splendeur impériale, et l’univers entier se soumit à lui. Le monde était calme et sans discorde, et les Divs, les oiseaux et les Péris lui obéirent. La prospérité du monde s’accrut par lui, et le trône des rois brilla sous lui. Il dit : «Je suis orné de l’éclat de Dieu, je suis roi et je suis Mobed ; j’empêcherai les méchants de faire le mal, je guiderai les esprits vers la lumière.» D’abord il s’occupa des armes de guerre pour ouvrir aux braves la route de la gloire. Il amollit le fer par sa puissance royale, et lui donna la forme de casques, de lances, de cuirasses, de cottes de mailles, et d’armures pour couvrir les chevaux. Il acheva tout cela par les lumières de son esprit ; il y travailla pendant cinquante ans, et se fit un trésor de ces armes. Pendant cinquante autres années, il tourna ses pensées vers la fabrication des vêtements, pour que l’on pût s’en couvrir aux jours de fête et de combat. Il fit des étoffes de lin, de soie, de laine, de poil de castor et de riche brocart ; il enseigna aux hommes à tordre, à filer et à entrelacer la trame dans la chaîne ; et quand l’étoffe était tissue, ils se mirent à apprendre de lui, tout à la fois, à la laver et à en faire des habits. Cela étant achevé, il commença un autre travail ; le monde était heureux par lui, et lui-même se trouvait heureux. Il réunit ensemble ceux qui exerçaient les mêmes professions et y employa cinquante ans. D’abord la caste de ceux qu’on nomme Amousian : sache qu’ils sont voués aux cérémonies du culte. Il les sépara du reste du peuple, et leur assigna les montagnes pour y adorer Dieu, pour s’y consacrer à la religion et se tenir en méditation devant Dieu le lumineux. De l’autre côté se plaça une caste, à laquelle fut donné le nom de Nisarian ; ce sont eux qui combattent avec le courage des lions, qui brillent à la tête des armées et des provinces, qui ont à défendre le trône du roi, et à maintenir la gloire que donne la bravoure. Sache que la troisième caste porte le nom de Nesoudi : ils ne rendent hommage à personne; ils labourent, ils sèment, ils récoltent et se nourrissent des fruits de leurs travaux sans reproche. Ils n’obéissent à personne, quoique leurs vêtements soient pauvres, leur oreille n’est jamais frappée par le bruit de la calomnie. Ils sont libres, et la culture de la terre leur est due ; ils n’ont pas d’ennemis; ils n’ont pas de querelles. Un homme sage et libre a dit : «C’est la paresse qui rend esclaves ceux qui devraient être libres.» La quatrième caste est celle des Ahnoukhouschi, qui sont actifs pour le gain et pleins d’arrogance ; les métiers sont leur occupation, et leur esprit est toujours en souci. Djamshid y employa encore cinquante ans, pendant lesquels il conféra beaucoup de bienfaits. Il assigna à chacun la place qui lui convenait, et leur indiqua leur voie, pour que tous comprissent leur position et reconnussent ce qui était au-dessus et au-dessous d’eux. Puis le roi ordonna aux Divs impurs de mêler de l’eau avec de la terre ; et lorsqu’ils eurent compris ce qu’on pouvait en faire, ils préparèrent des moules pour y former des briques légères. Les Divs construisirent d’abord un fondement avec des pierres et du mortier, puis ils élevèrent au-dessus des ouvrages selon les règles de l’art, comme des bains et de hauts édifices, et un palais pour que l’infortune y trouvât un asile. Il employa un autre espace de temps pour chercher parmi les pierres celles qui sont précieuses, et le roi investigateur fit ressortir leur éclat ;  il découvrit toute espèce de minéraux précieux comme le rubis, l’ambre jaune, l’argent et l’or. Il les sépara des autres pierres par son art magique, et résolut entièrement ce mystère. Puis il inventa les parfums que les hommes aiment à respirer, comme le baume, le camphre et le pur musc ; comme l’aloès, l’ambre et l’eau de rose limpide. Après, il inventa la médecine, les remèdes contre tout mal, et les moyens de conserver la santé et de guérir les blessures. Il mit au jour tout ce qui était secret ; jamais le monde n’avait possédé un investigateur comme lui. Ensuite il se mit à parcourir les mers dans un vaisseau, visitant rapidement pays après pays. C’est ainsi qu’il remplit encore cinquante années, et nulle qualité des êtres ne restait cachée devant son esprit.

Lorsque toutes ces grandes choses furent accomplies, il ne vit plus dans le monde que lui-même ; lorsque toutes ces entreprises eurent réussi, il essaya de s’élever au-dessus de sa haute condition. Il fit un trône digne d’un roi, et y incrusta toute sorte de pierreries ; et à son ordre les Divs le soulevèrent et le portèrent de la terre vers la voûte du ciel. Le puissant roi y était assis comme le soleil brillant au milieu des cieux. Les hommes s’assemblèrent autour de son trône, étonnés de sa haute fortune ; ils versèrent sur lui des joyaux, et donnèrent à ce jour le nom de jour nouveau (Nowruz) : c’était le jour de la nouvelle année, le premier du mois Farvardin. En ce jour, le corps se reposait de son travail, le cœur oubliait ses haines. Les grands, dans leur joie, préparèrent une fête, ils demandèrent du vin, des coupes et des chanteurs ; et cette glorieuse fête s’est conservée, de ce temps  jusqu’a nous, en souvenir du roi.

Ainsi s’étaient passés trois cents ans, pendant lesquels la mort était inconnue parmi les hommes. Ils ne connaissaient ni la peine, ni le malheur, et les Divs étaient ceints comme des esclaves. Les hommes étaient attentifs aux ordres de Djamshid, et les doux sons de la musique remplissaient le monde. Ainsi passèrent les années : Djamshid brillait de la splendeur des rois ; le monde était en paix par les efforts de ce maître fortuné. Le roi reçut toujours de nouveaux messages de Dieu, et, pendant longtemps, les hommes ne virent en lui rien que de bien. Le monde tout entier lui était soumis, et il était assis dans la majesté des rois ; mais tout à coup il fixa son regard sur le trône du pouvoir, et ne vit plus dans le monde que lui-même ; lui qui avait rendu jusque-là hommage à Dieu, devint orgueilleux, il se délia de Dieu et ne l’adora plus. Il appela de l’armée tous les grands de l’empire et leur fit beaucoup de discours ; il dit à ces vieillards puissants : «Je ne reconnais dans le monde que moi ; c’est moi qui ai fait naître l’intelligence dans l’univers, et jamais le trône glorieux des rois n’a connu un maître comme moi ; c’est moi qui ai parfaitement ordonné le monde, et la terre n’est devenue ce qu’elle est que par ma volonté. C’est à moi que vous devez votre nourriture, votre sommeil, votre tranquillité ; c’est à moi que vous devez vos vêtements et toutes vos jouissances. Le pouvoir, le diadème et l’empire sont à moi. Qui oserait dire qu’il y a un roi autre que moi ? J’ai sauvé le monde par les médecines et les remèdes, de sorte que les maladies et la mort n’ont atteint personne : tant que le monde aura des rois, qui d’entre eux pourrait éloigner la mort, si ce n’est moi ? C’est moi qui vous ai doués d’âme et d’intelligence ; et il n’y a que ceux qui appartiennent à Ahriman qui ne m’adorent pas. Maintenant que vous savez que c’est moi qui ai fait tout cela, il faut reconnaître en moi le créateur du monde.» Tous les Mobeds laissaient tomber leur tête, personne ne savait que répondre.

Après ce discours, la grâce de Dieu se retira de lui, et le monde se remplit de discorde. Chacun détourna sa face de la cour du roi, aucun des grands ne resta auprès de lui, et pendant vingt-trois ans ils tinrent l’armée dispersée et loin de la cour. Quand la raison ne se soumet pas à Dieu, elle amène la destruction sur elle-même et s’anéantit. Un homme sage a dit avec justesse et prudence : «Quoique tu sois roi, pratique l’humilité envers Dieu; car quiconque ne révère pas le Créateur, ne trouve de tous côtés que des terreurs.» Le jour s’obscurcit devant Djamshid ; son pouvoir, qui avait illuminé le monde, disparut ; le sang roula de ses yeux sur son sein ; il demanda pardon à Dieu : mais sa grâce l’avait abandonné, et les terreurs du criminel s’étaient emparées de lui.

 

HISTOIRE DE ZAHÂK ET DE SON PÈRE

 

Il y avait dans ce temps un homme vivant dans le désert des cavaliers armés de lances : c’était un grand roi et un homme vertueux, qui s’humiliait dans la crainte de Dieu, le maître du monde. Son nom était Merdâs ; il était juste et généreux au plus haut degré. Il avait des bêtes à lait, de chaque espèce mille, des chèvres, des chameaux et des brebis, que cet homme pieux confiait à ses bergers. De même il avait des vaches qui donnaient du lait, et des chevaux arabes semblables à des Péris ; et à quiconque demandait du lait, il en donnait avec empressement. Cet homme pieux avait un fils qu’il aimait d’une grande tendresse : Zahâk était le nom de l’ambitieux. Il était courageux, léger et sans souci. On l’appela aussi Peiverasp : c’était son nom en pehlevi (Peiver est un nombre dans cette langue, et signifie dix mille) ; car il possédait dix mille chevaux arabes aux brides d’or, dont le renom était grand. Il était jour et nuit presque toujours à cheval pour acquérir du pouvoir, mais non pour faire du mal.

Un jour Iblis se présenta à son palais sous la forme d’un homme de bien ; il détourna le cœur du prince de la bonne voie, et le jeune homme prêta l’oreille à ses discours. Les paroles d’Iblis lui parurent douces ; il ne se doutait point de ses mauvaises intentions : il lui abandonna son esprit, son cœur et son âme pure, et répandit de la poussière sur sa tête. Lorsque Iblis vit qu’il avait abandonné son cœur au vent, il en eut une joie immense. Il adressa beaucoup de discours avec décence et douceur à ce jeune homme, dont le cerveau était vide de sagesse. Iblis lui dit : «Je sais beaucoup de choses que personne ne peut apprendre que de moi. » Le jeune homme lui répondit : «Dis, et ne tarde pas ; enseigne-moi, homme aux bons avis.» Iblis demanda d’abord son serment, promettant qu’il lui révélerait après la parole de la vérité. Le jeune homme, qui était simple de cœur, fit comme il lui disait, et prêta le serment qu’il lui avait demandé : «Je ne révélerai pas ton secret, j’obéirai à tout ce que tu me diras.» Alors Iblis lui dit : «Pourquoi y aurait-il dans le palais un autre maître que toi, ô seigneur illustre ? A quoi bon un père quand il y a un fils comme toi ? Ecoute maintenant mon conseil. La vie de ce vieillard sera encore longue, et pendant ce temps tu resteras dans l’obscurité. Prends son trône puissant ; c’est à toi que doit appartenir sa place ; et si tu veux suivre mon avis, tu seras un grand roi sur la terre.»  

Lorsque Zahâk entendit cela, il se mit à rêver, et son cœur s’apitoyait sur le sang de son père. Il dit à Iblis: «Cela ne se peut pas : conseille-moi autre chose, car cela n’est pas possible.» Iblis lui répondit : «Si tu n’accomplis pas mon ordre, si tu manques à ta promesse et à la foi jurée, ton serment et mon lien demeureront attachés à ton cou ; tu seras un être vil, et ton père restera en honneur.» Il enveloppa ainsi de ses filets la tête de l’Arabe, et l’amena à se décider à lui obéir. Zahâk lui demanda quel moyen il devait prendre, et promit de ne s’écarter en rien de son avis. Iblis lui dit: «Je te préparerai les moyens, j’élèverai ta tête jusqu’au soleil ; tu n’as qu’à observer le silence : voilà tout. Je n’ai besoin de l’aide de personne ; je disposerai tout comme il faudra : seulement garde-toi de tirer du fourreau l’épée de la parole.»

Le roi avait dans l’enceinte du palais un jardin qui réjouissait son cœur ; il avait coutume de se lever avant le jour, pour se préparer à la prière, et de se laver secrètement, dans le jardin, la tête et le corps, sans avoir même un serviteur pour porter son flambeau. Le vil Div perverti creusa dans ce chemin une fosse profonde, couvrit le précipice avec des broussailles, et répandit de la terre dessus. La nuit vint, et le chef des Arabes, ce prince puissant et glorieux, alla vers le jardin ; et lorsqu’il se fut approché du lieu où était la fosse, son étoile pâlit : il tomba dans le fossé et se brisa misérablement. Ainsi périt cet homme bon et pieux. Jamais il n’avait traité avec dureté son fils pour aucune action bonne ou mauvaise. Il l’avait élevé avec tendresse et avec soin ; il était content de lui, et lui donnait des trésors ; et c’est ainsi que son fils malheureux et méchant ne voulut pas répondre à sa tendresse comme il aurait dû, ne fût-ce que par honte. Il se rendit complice du meurtre de son père. J’ai entendu dire par un sage, que même un mauvais fils, fût-il un lion féroce, n’ose verser le sang de son père. S’il y a un mot à cette énigme, c’est chez la mère que l’investigateur peut en apprendre le mystère. Ainsi s’empara le vil, le criminel Zahâk du trône de son père ; il mit sur sa tête la couronne des Arabes, et gouverna son peuple en bien et en mal.

Iblis voyant ces choses accomplies, trama un nouveau plan, et dit à Zahâk : «Aussitôt que tu as tourné ton cœur vers moi, tout ce que tu désirais au monde, tu l’as obtenu; et si tu veux de nouveau t’engager par serment, si tu veux m’obéir et suivre mes ordres, alors le monde entier sera ton royaume ; les animaux sauvages, les oiseaux et les poissons seront à toi.» Lorsqu’il eut parlé de cette manière, il prépara quelque chose de nouveau, et imagina une autre ruse étonnante.

 

IBLIS SE PRÉSENTE COMME CUISINIER

 

Il se donna la forme d’un jeune homme à la parole facile, intelligent et pur de corps. Il se présenta devant Zahâk avec des paroles respectueuses, disant : «Puissé-je être agréable au roi ! je suis un cuisinier pur et renommé.» Zahâk l’écouta, le reçut bien, lui assigna un lieu pour son travail, et les clefs de la cuisine du roi lui furent remises par un puissant dastur. Les aliments étaient alors peu variés, car on ne se nourrissait pas de chair ; de tout ce que porte la terre, on ne mangeait que les végétaux.  

Ahriman, aux desseins funestes, se consulta alors, et se résolut à tuer des animaux. Il voulait nourrir Zahâk de toute espèce de viandes, tant d’oiseaux que de quadrupèdes, et l’y amena par degrés. Pour lui donner du courage, il le nourrissait de sang comme un lion ; il obéissait à la moindre de ses paroles ; il faisait son cœur esclave des ordres de Zahâk. Il commença par lui préparer du jaune d’œuf, ce qui lui donna une santé vigoureuse en peu de temps ; et le roi fortuné ayant mangé, rendit grâces à Ahriman, et fit ses délices de cette nourriture. Iblis le trompeur lui dit : «Puisse le roi qui porte haut la tête, vivre éternellement ! Je lui préparerai demain un mets qui le nourrira d’une nourriture parfaite.» Il s’en alla et médita toute la nuit quel plat merveilleux il pourrait préparer pour le lendemain. Le lendemain, lorsque la coupole d’azur amena au monde le rubis rouge, il prépara un mets de perdrix et de faisans argentés, et l’apporta le cœur plein d’espoir. Le roi des Arabes se mit à en manger, et abandonna son esprit imprudent à son penchant pour Iblis, qui, le troisième jour, servit sur sa table des oiseaux et de l’agneau mêlés ensemble. Le quatrième jour, lorsqu’il mit la table, il avait assaisonné le dos d’un veau avec du safran, de l’eau de rose, du vin vieux et du musc pur. Le roi y porta la main et en mangea ; il s’étonna de l’intelligence de cet homme, et lui dit : «Cherche ce que tu pourrais désirer, et demande-le-moi, ô homme de bien.» Le cuisinier lui répondit : «O roi, puisses-tu vivre content et puissant à jamais ! Mon cœur est plein d’amour pour toi, et te voir est tout ce que mon âme désire. Je n’ai qu’une chose à demander au roi, bien que cet honneur soit au-dessus de moi ; c’est qu’il veuille permettre que je baise le haut de ses épaules et que j’y applique mes yeux et ma face.» Zahâk, en entendant ce discours, ne se douta pas de son intention secrète, et lui dit: «Je t’accorde la demande, il se peut qu’il en revienne quelque honneur à ton nom.» Il lui permit donc de le baiser sur les épaules, comme étant son ami. Ahriman le baisa, et disparut de la terre ; personne n’a jamais vu chose si étonnante.

Il sortit un serpent noir de chaque épaule de Zahâk, qui en fut consterné, et chercha de tous côtés un remède ; à la fin il les fit couper tous les deux de dessus ses épaules : mais (avec raison tu restes stupéfait) les deux serpents noirs poussèrent de nouveau comme deux branches d’arbre sur les épaules du roi. De savants médecins s’assemblèrent ; chacun dit son avis à son tour, et ils firent des enchantements de toute espèce, mais aucun ne sut remédier au mal. Puis le rusé Iblis se présenta soudain devant Zahâk sous la forme d’un savant médecin, et lui dit : «C’était une chose inévitable. Laisse les serpents, et ne les coupe pas aussi longtemps qu’il y aura de la vie en eux. Prépare-leur de la nourriture, et fais-les manger pour les apaiser : c’est le seul remède dont tu doives te servir. Ne leur donne à manger que des cervelles d’homme, il se peut que cet aliment les fasse mourir.» Quel pouvait être le but du chef des féroces Divs dans cette confusion ? Que voulait-il par ce conseil, si ce n’est de préparer en secret un moyen de dépeupler le monde ?

 

MORT DE DJAMSHID

 

Après cela, de grands tumultes remplirent l’Iran et de tous côtés il n’y eut que combats et discordes ; le jour brillant et pur devint noir ; les hommes brisèrent les liens de Djamshid, la grâce de Dieu se retira de lui, et il tomba dans la tyrannie et la démence. De tous côtés s’élevèrent des rois ; sur toutes les frontières se montrèrent des grands de l’empire, qui rassemblèrent des armées et se préparèrent pour le combat, car, ils avaient arraché de leur cœur l’amour de Djamshid. Tout à coup une armée sortit de l’Iran, et se dirigea vers le pays des Arabes. Ils avaient entendu dire qu’il y avait là un homme inspirant la terreur, à face de serpent ; et les guerriers de l’Iran, qui tous demandaient un roi, se dirigèrent vers Zahâk. Ils lui rendirent hommage, comme à leur maître ; ils lui donnèrent le titre de roi de l’Iran. L’homme à face de serpent vint dans l’Iran, rapide comme le vent, pour se mettre la couronne sur la tête ; il rassembla une armée de toutes les provinces de l’Iran et de l’Arabie. Il tourna son regard vers le trône de Djamshid, il prit le monde comme une bague pour le doigt. La fortune abandonna Djamshid, et le nouveau roi le serrant de près, il s’enfuit et lui laissa le trône et la couronne, le pouvoir, la tiare, le trésor et l’armée ; il disparut, et le monde devint noir pour lui, quand il eut abandonné à Zahâk son trône et son diadème.

Durant cent ans personne dans le monde ne le vit ; il avait disparu des yeux des hommes ; mais dans la centième année, ce roi infidèle à la pure doctrine apparut un jour sur le bord de la mer de Chine. Zahâk le saisit à l’improviste, et ne lui accorda pas un long délai ; il le lit scier en deux, et délivra le monde de lui et de la peur qu’il inspirait. Djamshid s’était caché pendant quelque temps devant l’haleine du serpent, mais à la fin il ne put se soustraire à lui.

Ainsi disparut son trône royal et sa puissance ; le sort le brisa comme une herbe fanée. Qui était plus grand que lui sur le trône des rois ? Mais quel fruit lui revint d’avoir su supporté tant de soucis ? Sept cents ans avaient passé sur lui, et lui avaient apporté tout bonheur et tout malheur. A quoi sert une vie longue ? car le monde ne te révèle jamais le secret de ton sort. Il te nourrit de miel et de sucre, et ton oreille n’est frappée que de sons agréables ; mais au moment où tu te vantes qu’il a versé sur toi ses faveurs, que toujours il te montrera sa face d’amour ; au moment où il te flatte et te caresse, quand tu lui as ouvert tous tes secrets, alors il joue avec toi un jeu perfide et fait saigner ton cœur de douleur. Mon cœur est fatigué de ce monde transitoire. O Dieu, délivre-moi promptement de ce fardeau !

 

 

Extrait de : Abou’lkasim Firdousi, Le livre des rois, traduit et commenté par Jules Mohl, tome 1, Paris, Imprimerie nationale, 1876, p. 33-47.

 

Note : les transcriptions de Jules Mohl ont été le plus souvent modifiées.

 

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 08:51

TAHMURAS

 

 (Son règne dura 30 ans.)

 

 

Hushang avait un fils plein de sagesse, Tahmuras l’illustre, le vainqueur des Divs : Tahmuras vint et monta sur le trône de son père, et ceignit la ceinture de la royauté. Il appela de l’armée tous les mobeds, et leur parla longuement et avec douceur, disant: «Dès ce jour, le trône, et la couronne, et la massue, et le diadème m’appartiennent ; par ma prudence je délivrerai le monde du mal, je ferai de la terre la base de mon trône. Je détruirai partout le pouvoir des Divs, car je veux être le maître du monde ; et toute chose sur la terre qui peut être utile, je la mettrai en lumière, je briserai ses liens.» Puis il tondit la laine sur le dos des brebis et des moutons, et on se mit à la filer ; et, par ses efforts, il parvint à en faire des habits. Il enseigna de même l’art de tisser les tapis. A tous les animaux qui étaient bons coureurs, il donna à manger des herbes, de la paille et de l’orge. Il observa aussi toutes les bêtes sauvages : il choisit entre elles le chacal et le guépard ; il trouva moyen de les amener du désert et des montagnes, et il mit à l’attache cette multitude d’animaux. Il prit de même, parmi les oiseaux, ceux qui sont les mieux armés, comme le gerfaut et le faucon royal au cou élancé ; il les instruisit, et les hommes s’en étonnèrent. Il ordonna de calmer leur ardeur par des caresses, et de ne leur parler qu’avec une voix douce. Cela étant fait, il prit des coqs et des poules pour chanter à l’heure où l’on bat le tambour. C’est ainsi qu’il ordonnait tout convenablement, recherchant ce qui était inconnu et pouvait être utile. Il dit à son peuple: «Adorez Dieu, et rendez grâce au Créateur du monde, car c’est lui qui nous a donné le pouvoir sur les animaux ; rendez-lui grâce, car c’est lui qui nous a dirigés.»

Il avait un dastur pur qui se tenait loin des voies du mal et qui était révéré en tout lieu ; Shidasp était son nom. Il ne portait ses pas en toutes choses que vers le bien : toute la journée, sa bouche était fermée à la nourriture ; toutes les nuits, il se tenait en prières devant Dieu. Il était cher au cœur de tous les hommes, il ne cessait de prier jour et nuit. Il était la bonne étoile du roi, et tenait dans ses liens les âmes des méchants. Il enseignait au roi toutes les voies du bien, et ne cherchait la gloire que par la vertu. Le roi demeurait tellement pur de tout mal, que de lui émanait une splendeur divine. Puis il alla et enchaîna Ahriman par ses enchantements, et le monta comme un coursier rapide. Il lui imposa la selle sans relâche, et faisait ainsi le tour du monde sur lui. Les Divs voyant cela, s’affranchirent de ses liens et s’assemblèrent en grand nombre, car il avait laissé vide le trône d’or.

Lorsque Tahmuras eut nouvelle de cela, il revint en hâte pour s’opposer aux entreprises des Divs. Il était ceint de la majesté du maître du monde, il appuyait sur son épaule une lourde massue. Les Divs courageux et les enchanteurs accoururent tous formant une armée immense de magiciens. Le Div noir les précédait en poussant des cris, et leurs hurlements s’élevaient jusqu’au ciel. L’air devint sombre, la terre devint noire, et les yeux des hommes furent enveloppés de ténèbres. Tahmuras, le maître du monde, le glorieux, s’avança les reins ceints pour le combat et la vengeance. D’un côté étaient le bruit, les flammes et la fumée des Divs ; de l’autre, les braves du roi. Tout à coup il engagea avec les Divs un combat qui ne fut pas de longue durée. Il en enchaîna les deux tiers par la magie, il terrassa les autres avec sa lourde massue, et on les amena blessés et honteusement liés ; ils demandaient grâce pour leur vie, disant : «Ne nous tue pas, pour que tu puisses apprendre de nous un nouvel art qui te sera utile.» Le roi illustre leur accorda leur grâce, pour qu’ils pussent lui dévoiler leur secret ; et lorsqu’ils furent délivrés de leurs chaînes, ils demandèrent humblement sa protection. Ils enseignèrent l’écriture au roi, et le rendirent brillant de savoir ; ils lui enseignèrent une seule écriture ? non, près de trente, comme le roumi et le tazi, le parsi, le soghdi, le chinois et le pehlevi, et à les représenter telles qu’on les prononce. Que d’actions glorieuses le roi n’a-t-il pas faites pendant trente ans, outre celles que nous avons racontées ! puis il mourut, et sa vie disparut, mais ses travaux restèrent comme un monument de lui.

O monde ! n’élève personne si tu veux le moissonner après : si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure.

 

Extrait de : Abou’lkasim Firdousi, Le livre des rois, traduit et commenté par Jules Mohl, tome 1, Paris, Imprimerie nationale, 1876, p. 29-32.

 

Note : les transcriptions de Jules Mohl ont été le plus souvent modifiées.

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 08:48

 

HUSHANG 

 

(Son règne dura 40 ans.)

 

Hushang, le maître du monde, le prudent, le juste, mit la couronne sur sa tête à la place de son grand-père, et le ciel tourna pendant quarante ans sur sa tête. Son esprit était plein de prudence, son cœur plein de justice. Il s’assit sur le siège de la puissance, et parla ainsi du haut de son trône impérial: «Je suis le roi des sept zones, victorieux et dominant sur toute la terre ; je me suis ceint étroitement de justice et de bonté selon l’ordre de Dieu, qui donne la victoire. » Depuis ce moment, il se mit à civiliser le monde et à répandre la justice sur toute la terre. D’abord il découvrit un minéral, et sut par son art séparer le fer de la pierre ; il se procura pour matière le fer brillant, qu’il tira ainsi de la pierre dure ; et lorsqu’il eut connu ce métal, il inventa l’art du forgeron pour fabriquer des haches, des scies et des houes. Ensuite il s’occupa de distribuer les eaux; il les amena des rivières, et en fertilisa les plaines; il ouvrit aux eaux des courants et des canaux, et acheva en peu de temps ce travail par sa puissance royale. Lorsque les hommes eurent acquis de nouvelles connaissances, celles de semer, de planter et de moissonner, alors chacun prépara son pain, sema son champ et en marqua les limites. Avant que ces travaux fussent entrepris, on n’avait que les fruits pour se nourrir. Mais la condition des hommes n’était pas encore bien avancée, ils n’avaient que des feuilles pour se couvrir.

 

INTRODUCTION DE LA FÊTE DU FEU

 

Nos pères avaient un culte et une religion, et l’adoration de Dieu était en honneur. Comme les Arabes se tournent dans leurs prières vers une pierre, on se tournait alors vers le feu à la belle couleur. Le feu, qui était dans la pierre, en sortit pour répandre son éclat dans le monde. Un jour, le roi de la terre parcourait la montagne avec quelques hommes de son peuple. Ils virent de loin quelque chose de long et d’obscur, un corps noir qui se mouvait avec rapidité. Sur sa tête brillaient deux yeux, comme deux fontaines de sang ; le monde devint noir par la fumée de sa gueule. Hushang le regarda avec prudence et attention, il prit une pierre et s’avança pour le combattre. Il lança la pierre de sa force de héros, et le serpent qui brûlait le monde s’enfuit devant le roi, qui cherchait la possession de la terre. La petite pierre frappa sur une grande, l’une et l’autre furent brisées, mais une étincelle jaillit du choc, et son éclat rougit le cœur de la pierre. Le serpent ne fut pas tué, mais le feu était sorti de la pierre où il était caché ; et aussi souvent que quelqu’un frappait une pierre avec du fer, il en jaillissait une étincelle. Le roi du monde fit des prières devant le Créateur et chanta ses louanges, parce que Dieu lui avait ainsi donné l’étincelle, et il ordonna que dans les prières on se dirigerait vers le feu en disant : «C’est l’étincelle donnée de Dieu ; adore-le, si tu es sage. » Et lorsque la nuit vint, il alluma un feu haut comme la montagne, le roi avec son peuple l’entourèrent, et firent une fête de cette nuit, en buvant du vin. Sadeh est le nom qu’il donna à cette fête brillante, et elle reste encore comme un souvenir de Hushang. Puisse-t-il y avoir beaucoup de rois tels que lui ! Il se plaisait à civiliser les hommes, et sa mémoire est restée chérie parmi eux. Avec le pouvoir que Dieu lui avait donné, et avec sa puissance royale, il se mit à séparer les bœufs, les ânes et les moutons, des onagres et des élans indomptables, et mit à profit tout ce qui pouvait être utile. Le sage Hushang ordonna de les réunir par paires ; il s’en servit pour cultiver la terre, pour faire des échanges et pour entretenir la splendeur de son trône. Il tua et dépouilla de leurs fourrures les animaux errants dont le poil était bon, comme les hermines, les martres ou le renard à la fourrure chaude, enfin la zibeline aux poils soyeux, et il fit ainsi avec les peaux des animaux des vêtements pour le corps des hommes. Il avait donné et répandu, il avait joui et confié ; il mourut et n’emporta avec lui qu’un nom honoré. Il avait achevé beaucoup de travaux dans sa vie à l’aide d’enchantements et de pensées sans nombre. Lorsqu’il passa à une meilleure vie, il laissa vide le trône du pouvoir. Le sort ne lui avait raccordé qu’une courte existence, et Hushang, ce roi plein de prudence et de majesté, mourut. Le monde ne s’enchaînera pas à toi avec amour, et il ne te montrera pas deux fois sa face.

 

Extrait de : Abou’lkasim Firdousi, Le livre des rois, traduit et commenté par Jules Mohl, tome 1, Paris, Imprimerie nationale, 1876, p. 25-28.

 

Note : les transcriptions de Jules Mohl ont été le plus souvent modifiées.

 

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 08:45

 

KYUMARS

 

Premier roi de Perse 

 

(Son règne dura 3o ans.)

 

Qui, selon le récit du dehqân, a le premier recherché sur la terre la couronne de la puissance? Qui a placé sur son front le diadème ? Personne dans le monde n’en a gardé le souvenir, si ce n’est un fils qui a reçu de son père les traditions, et qui, selon les paroles de son père, te raconte par qui le pouvoir glorieux fut créé, et qui d’entre ces rois atteignit la plus haute puissance.

Un homme qui a lu un ancien livre où sont contenues les histoires des héros, dit que Kyumars institua le trône et la couronne, et qu’il fut le premier roi. Lorsque le soleil entra dans le signe du Bélier, le monde fut rempli de splendeur, d’ordre et de lumière ; le soleil brilla dans le signe du Bélier, de sorte que le monde en fut rajeuni entièrement : alors Kyumars devint le maître du monde. Au commencement, il établit sa demeure dans les montagnes ; son trône et sa puissance s’élevèrent de la montagne, et il se vêtit, lui et son peuple, avec des peaux de tigres. De lui vint toute civilisation, car l’art de se vêtir et de se nourrir était nouveau. Il régna trente ans sur la terre. Il était beau sur le trône comme le soleil ; il brillait, du haut de son trône royal, comme une lune de deux semaines brille au-dessus d’un cyprès élancé. Les animaux féroces et les bêtes sauvages qui le virent accoururent vers lui de tous les lieux du monde, et se tenaient courbés devant son trône : ce fut là ce qui releva sa majesté et sa haute fortune. Ils venaient devant lui pour rendre hommage ; ce fut de lui qu’ils reçurent des lois. Il eut un fils, beau de visage, plein de vertu et cherchant la gloire comme son père; son nom était Siamek : il était heureux, et le cœur de Kyumars ne vivait que pour lui. Il ne se réjouissait du monde que quand il regardait son fils, car beaucoup de branches fécondes devaient sortir de lui. Il pleurait d’amour sur la vie de son fils, il se consumait dans la crainte de le perdre. Un temps s’écoula ainsi : la domination du roi était prospère; il n’avait aucun ennemi sur la terre, excepté Ahriman le méchant, qui en secret lui portait envie et mauvaise volonté, et méditait d’étendre la main sur lui. Ahriman avait un fils semblable à un loup féroce, brave, et à la tête d’une armée puissante, qui se mit en marche, et alla se concerter avec son père, car il convoitait le trône et le diadème du roi. Le monde lui parut noir à cause de la prospérité de Syâmak et de la fortune de son père ; il dit à tous son dessein, et remplit le monde de son bruit. Mais Kyumars lui-même, comment sera-t-il averti de cela. comment apprendra-t-il que quelqu’un lui enviait le trône ? Le bienheureux Sorush parut tout à coup, semblable à un Péri, et couvert d’une peau de tigre, et lui révéla en secret tout ce qu’Ahriman et son fils tramaient contre lui.

 

COMBAT DE SYÂMAK AVEC LE DIV, ET MORT DE SYÂMAK

 

Lorsque les desseins hostiles du méchant Div parvinrent aux oreilles de Syâmak, la colère souleva le cœur du jeune roi ; il rassembla une armée et prit conseil ; il couvrit son corps d’une peau de tigre, car la cuirasse n’était pas encore en usage à la guerre. Il alla à la rencontre du Div avide de combat ; et lorsque les armées furent en présence, Syâmak s’avança le corps nu, et saisit le fils d’Ahriman. Mais le pervers Div noir le frappa de ses griffes, il plia en deux la haute stature du héros, il lança contre terre le jeune roi, et lui déchira les entrailles avec ses ongles. Syâmak expira sous les mains du Div maudit, et son armée resta sans chef. Le roi apprit la mort de son fils, et, dans sa douleur, le monde devint noir devant lui : il descendit de son trône en gémissant, il se frappait la tête, il arrachait avec ses ongles la chair de son corps ; ses joues étaient pleines de sang, son cœur était désolé, et la vie était devenue pour lui une angoisse. L’armée était en tristesse et en larmes, et le feu de sa douleur la dévorait. Elle poussa un cri lamentable, tous les soldats se rangèrent autour du trône du roi ; leurs vêtements étaient de couleur bleue, leurs deux yeux pleins de sang, leurs deux joues rouges comme le vin. Les animaux féroces, les oiseaux et les bêtes fauves allèrent en foule vers la montagne en poussant des cris ; ils vinrent se lamentant et se désolant, et la poussière s’éleva devant le trône du roi. Ils demeurèrent là une année dans leur douleur, quand vint un message de Dieu le créateur. Le bienheureux Sorush porta au roi la bénédiction divine, et lui dit : «Dorénavant ne gémis plus et reprends ton cœur ; prépare ton armée, mène-la au combat selon mes ordres ; et réduis en poussière l’armée des Divs ; délivre la face de la terre de ce méchant Div, et satisfais ton âme par la vengeance.» Le roi illustre leva la tête vers le ciel, et invoqua le malheur sur ses ennemis ; Dieu l’appela par cet ange au nom sublime, et mit fin à ses pleurs ; il se hâta de venger Syâmak, et ne prit de repos et de sommeil ni le jour ni la nuit.

 

COMBAT DE KYUMARS ET DE HUSHANG AVEC LE DIV NOIR

 

Siamek le glorieux avait un fils qui servait de dastur à son grand-père. Son nom était Hushang, il était toute intelligence et toute prudence. Il avait grandi dans le sein de son grand-père, pour qui il était un souvenir de Syâmak. Le grand-père l’avait adopté au lieu de son fils, et ses yeux ne reposaient que sur lui. Lorsqu’il fut décidé à la vengeance et au combat, il appela le noble Hushang et lui annonça tout ce qui devait avenir, et lui révéla tout ce qui était secret. «Je vais rassembler une armée, je pousserai un cri de guerre ; c’est à toi à marcher le premier, car je suis un homme mourant et tu es un jeune héros.» Il rassembla les Péris, et parmi les animaux féroces, les tigres, les lions, les loups et les léopards ; c’était une armée de bêtes fauves, d’oiseaux et de Péris, sous un chef plein de fierté et de bravoure. Kyumars suivait derrière l’armée, et son petit-fils marchait devant lui au milieu des combattants. Le Div noir s’avança tremblant et en crainte, et fit voler la poussière vers le ciel ; le roi s’aperçut que les hurlements des animaux avaient émoussé les griffes du Div. Les deux armées se rencontrèrent, les Divs tremblèrent devant les bêtes féroces, Hushang étendit ses mains comme un lion, et rendit la terre étroite au vaillant Div. Il lui arracha la peau de la tête aux pieds et coupa sa tête monstrueuse ; il le jeta sous ses pieds, et le foula comme une chose vile, dont la peau était en lambeaux, dont la vie était partie. Kyumars ayant ainsi achevé la vengeance qu’il avait désirée, sa vie s’en alla, il mourut, et le monde resta vide de lui.

Regarde ! qui pourrait atteindre une gloire égale à la sienne ? Il avait amassé les biens de ce monde trompeur; il avait montré aux hommes le chemin des richesses, mais il n’en avait pas joui. Le monde n’est qu’un rêve qui passe, et ni le bonheur ni le malheur ne durent.

 

Extrait de : Abou’lkasim Firdousi, Le livre des rois, traduit et commenté par Jules Mohl, tome 1, Paris, Imprimerie nationale, 1876, p. 19-24.

 

Note : les transcriptions de Jules Mohl ont été le plus souvent modifiées.

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 08:22

Le Livre des rois ne se résume pas en quelques lignes, mais on peut en dégager quelques grandes articulations. On divise généralement cette épopée en trois parties. 

 

 

Les temps mythiques : les premiers rois

 

Après une louange de la sagesse, Ferdowsi raconte la création du monde. Puis l’histoire commence avec les premiers rois mythiques. Le premier, Kyumars, créateur du trône et de la royauté, règne sur un âge d’or et un éternel printemps. Lui et ses successeurs (Hushang, Tahmuras, Djamshid) organisent la société et la royauté. Ils enseignent aux hommes la fabrication des vêtements et des tapis, la préparation de la nourriture, la domestication des animaux, l’art du feu et du métal. Le mal ne tarde pas à envahir ce monde et à le transformer en terrain de guerres, de meurtres et de vengeances. Djamshid, roi glorieux à qui l’on attribue la fête du Nouvel An (le Nowruz*), tombe dans l’orgueil. Il est alors renversé et tué par Zahâk. Ce tyran démoniaque, sur les épaules duquel vivent deux serpents, plonge l’Iran dans les ténèbres et le chaos. Fereydun, un descendant royal élevé en secret par une vache, prend la tête d’une révolte populaire initiée par Kâveh, un forgeron: il vainc l’armée de Zahâk et fait enchaîner cette incarnation du mal au sommet du mont Damâvand.

 

 

Page 190 painting Shahname

 

Zahâk enfermé dans le mont Damâvand. Illustration du Livre des rois de Ferdowsi, 1430 (Manuscrit Bâysonqori). Bibliothèque du palais du Golestân, Téhéran.

 

Après un règne de justice et de paix, Fereydun partage l’empire entre ses trois fils: Salm, ancêtre des Romains, Tur, ancêtre des Turcs, et Iradj, ancêtre des Iraniens. Salm obtient l’ouest du Royaume, le pays de Rum* (l’Asie mineure), alors qu’à Tur échoit l’est du royaume, le Turan* (l’Asie centrale). Iradj, le plus sage, reçoit l’Iran, la meilleure part et le centre du monde, si bien que ses frères le jalousent et l’assassinent. C’est le début des conflits entre l’Iran et le Turan (le «pays de Tur»). Riches en épisodes et héros célèbres, ils occupent la partie centrale et la plus longue du Livre des rois. Manuchehr venge son grand-père Iradj: il tue Salm et Tur, puis reprend le trône de Fereydun, son arrière-grand-père.

 

 

Les récits héroïques : les guerres entre l’Iran et le Turan

 

Après cette première partie, dans laquelle Ferdowsi a raconté l’avènement de la royauté, la naissance de la guerre, l’origine des lois du destin, prend place le récit des guerres intermittentes entre les Turcs de l’Asie centrale et l’Iran. La dynastie iranienne des Keyanides affronte Afrâsyâb, roi perfide et cruel du Turan, qui sera finalement vaincu par le roi Key Khosrow, une figure presque messianique. Le Livre des rois raconte les batailles, les intrigues, les coups du sort qui frappent les héros iraniens. Les histoires d’amour ne manquent pas: comme celle, mouvementée mais à la fin heureuse, de Bijen, guerrier iranien, et de Manijeh, princesse du Turan et fille d’Afrâsyâb. Des héros nombreux (Tus, Gudarz, Giv, etc.), on ne peut évoquer que les principaux. Sâm, roi du Sistân, a un fils, Zâl, qui naît avec des cheveux de vieillard. Honteux, le père abandonne l’enfant dans les monts de l’Alborz. L’oiseau Simorgh* le recueille et l’élève, puis le remet, après bien des années, à son père repentant venu le chercher.

De sa femme Rudâbeh, Zâl a un fils, qui devient le plus grand héros de l’Iran: Rostam. Doté d’une force prodigieuse, d’un courage sans borne, juste et droit, Rostam traverse victorieusement de multiples péripéties, dont sept épreuves initiatiques.

 

  Livre-des-rois 8768

 

Rostam lutte contre le Div blanc lors de ses sept épreuves. Illustration du Livre des rois de Ferdowsi, 1430 (Manuscrit Bâysonqori). Bibliothèque du palais du Golestân, Téhéran.

 

Parfois secouru par le Simorgh, et aidé par son cheval Rakhsh qui le sauve un jour d’un lion, Rostam terrasse aussi bien des démons et des dragons que les soldats du Turan. D’une femme du Turan (Tahmineh), il a un fils, Sohrâb, un guerrier exceptionnel, qui devient pourtant l’objet d’un piège sordide. Afrâsyâb réussit à provoquer un duel à mort entre Rostam et Sohrâb, sans que ceux-ci se reconnaissent: le père tue son fils. Syâvush, fils du roi iranien Key Kâvus, est un autre héros célèbre. Jeune homme, il subit une ordalie (traverser un feu à cheval) pour se blanchir d’une accusation, puis il s’en va à la cour d’Afrâsyâb, où il épouse sa fille Farangis. Jaloux, Garsivaz, le frère d’Afrâsyâb, pousse ce dernier à faire assassiner le jeune prince d’Iran, prototype de la victime innocente broyée par les complots et la roue de Fortune. Syâvush sera vengé des années plus tard: Key Khosrow, le fils qu’il eut de Farangis, retourne en Iran et prend la couronne de son grand-père Key Kâvus. Avec son armée, il attaque ensuite le Turan et tue Afrâsyâb et Garsivaz. Après un règne qui a rétabli la paix et l’intégrité de l’empire, Key Khosrow transmet la royauté à Lohrâsp et s’en va dans les montagnes et le désert, où il disparaît sans laisser de trace. Lohrâsb a un fils, Goshtâsp, qui part à l’ouest, dans le pays de Rum, où il épouse la fille du César et tue un dragon qui dévastait le pays. Il revient en Iran, monte sur le trône et propage la nouvelle religion de Zarathoushtra (Zardosht). La guerre reprend cependant avec le Turan, qui a un nouveau roi, Ardjâsp. Esfandyâr, fils de Goshtâsp, lutte courageusement contre les armées du Turan et finit par vaincre le roi Ardjâsp.

 

 

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Esfandyâr tue Ardjâsp dans son château. Illustration du Livre des rois de Ferdowsi, 1430 (Manuscrit Bâysonqori). Bibliothèque du palais du Golestân, Téhéran.

 

Mécontent de n’avoir pu obtenir le trône en récompense de ses exploits, le héros s’en plaint à son père: ce dernier demande à son fils de lui ramener Rostam enchaîné, car le héros a fait du Sistân un royaume trop indépendant. Esfandyâr part affronter Rostam qui, grâce à une suggestion du Simorgh, réussit à tuer son adversaire d’une flèche. Mais la loi des cieux est impitoyable: Rostam paye cette victoire de sa mort, en tombant dans une embuscade tendue par son demi-frère. Le fils d’Esfandyâr accorde le trône à Homay, qui est à la fois sa fille et son épouse. Son fils, Dârâb, épouse la fille du roi du pays de Rum*, Philippe: l’enfant issu de cette union est Alexandre le Grand (Iskandar), à qui Ferdowsi attribue ainsi une origine semi-iranienne.

 

 

La partie historique : d’Alexandre le Grand aux Sassanides

 

A ce point de son récit, Ferdowsi rejoint l’histoire connue de l’Iran, même si les événements racontés appartiennent souvent à la légende. Il passe sous silence les Achéménides; tout juste évoque-t-il Darius III (Dârâ), vaincu par Alexandre le Grand. Plusieurs chapitres sont consacrés au conquérant grec, décrit comme un roi modèle, héritier légitime des Achéménides, et un sage en quête de la connaissance. Alexandre conquiert les pays, rencontre des peuples et des contrées à la frontière du surnaturel, cherche sans succès la Source de Vie qui rend immortel, érige une muraille contre les forces ténébreuses de Gog et Magog, fait un pèlerinage à La Mecque, se rend en Chine et en Inde. Ferdowsi ne parle pas des Séleucides, les successeurs d’Alexandre, et très peu des Parthes (Ashkâniân). La dernière partie de son épopée s’attarde sur les Sassanides, qui ont laissé une empreinte indélébile en Iran. Ardashir (Ier), fondateur de la dynastie, naît de l’union de Sâssân, un descendant de Dârâ, et de la fille d’un gouverneur du Fârs. Il se révolte contre le roi parthe Ardavân (Artaban IV) et le tue. Devenu roi, il épouse la fille d’Ardavân, qui manque de l’empoisonner. Elle lui donne un fils, Shâpur (Ier), qui combat les Romains. Grâce à la fille d’un roi arabe, le deuxième Shâpur s’empare d’une forteresse au Yémen puis vit des aventures rocambolesques dans le royaume

de Rum*. Sous son règne, apparaît Mani, maître peintre et auteur d’une nouvelle religion: le Manichéisme. Après la domination tyrannique de Yazdegerd (Ier), Bahrâm Gur accède au trône. Connu pour son amour des femmes, et ses talents de chasseur et de tireur à l’arc, il repousse une attaque des Chinois et fait venir des milliers de musiciens tziganes de l’Inde. Plusieurs rois, sans grande envergure, se succèdent ensuite. L’Iran est menacé par des nomades du Turkestan*, les Hephtalites, et le peuple est victime d’une grave famine. Le roi Ghobâd (Kavad Ier), un moment prisonnier des Hephtalites, adopte la foi révolutionnaire de Mazdak, qui prône la répartition des richesses et des femmes. Ghobâd fait distribuer de la nourriture au peuple, mais son fils Kasrâ (Khosrow Ier) et un prêtre zoroastrien réfutent publiquement les doctrines de l’hérésiarque qui est ensuite mis à mort. Une fois sur le trône, aidé du sage vizir Bozorgmehr, Kasrâ instaure un règne juste et rayonnant, que Ferdowsi décrit longuement. L’empire retrouve la paix, la puissance et la prospérité. De l’Inde, le jeu d’échecs est introduit en Iran.

 

 

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Le roi Khosrow Anushirvan répond aux questions du grand mobed. Peinture sur livre. Shâhnâmeh de Shâh Tahmasp, 1re partie du XVIe siècle. Musée d’Art Contemporain, Téhéran.

 

Le fils de Kasrâ, Hormozd (Hormizd IV), doit faire face à la révolte d’un général qui le renverse et usurpe le trône. En fuite chez le César de Rum* (l’empereur de Byzance), Khosrow Parviz, fils de Hormozd, réussit à revenir au pouvoir. Il prend plusieurs épouses: la fille du César de Rum, puis la sœur du général usurpateur (Gordiya), une guerrière aguerrie, et enfin Shirin, une princesse arménienne. Le règne connaît une sombre fin: devenu tyrannique, Khosrow est assassiné par son fils. Ce dernier veut s’emparer de Shirin, qui meurt en prenant du poison. Le dernier roi sassanide, Yazdegerd (IIIe du nom), doit fuir après la défaite de son armée face aux conquérants arabes envoyés par Umar, le deuxième calife de l’Islam. L’assassinat misérable de Yazdegerd met un point final à la longue histoire préislamique de l’Iran. Ferdowsi termine en écrivant que son oeuvre lui apportera un renom immortel. Il ne s’est pas trompé: son Livre des rois s’est transmis de génération en génération, et il restera dans les souvenirs tant que l’Iran sera l’Iran.

 

 

Extrait du Guide culturel de l’Iran de Patrick Ringgenberg

 

Les peintures sur livre sont extraites de Masterpieces of Persian Painting, Tehran, Tehran Museum of Contemporary Art, 2005 (droits réservés).

 

 

Pour une introduction au Livre des rois 

   

Pour en savoir plus sur le Livre des rois

 

Petit glossaire du Livre des rois

 

A voir : le Livre des rois illustré pour Shah Tahmasp au XVIe siècle

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 12:36

 

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Ordalie de Syâvush. Illustration du Livre des rois de Ferdowsi, 1re moitié du XVIe s.

Bibliothèque du palais du Golestân, Tehrân.

 

 

Note : Les références au Livre des rois sont empruntées à l’édition française de Jules Mohl, publiée au XIXe siècle, et rééditée en édition bilingue (persan-français) en 1976 par Jean Maisonneuve, Paris. Le chiffre romain se réfère au volume, le chiffre arabe à la page de la traduction française (V, 145 = volume 5, page 145).

 

 

Le Livre des rois (Shâhnâmeh) de Ferdowsi est l’une des œuvres fondatrices de la culture iranienne. Basée sur des récits préislamiques, cette épopée royale de guerre et de sagesse fut écrite entre la fin du Xe et le début du XIe siècle. Longue d’environ 52'000 distiques,[1] elle raconte l’histoire plus ou moins légendaire des rois iraniens, de la création du monde et des premiers rois mythiques, jusqu’aux Sassanides et à la conquête de l’Iran par les Arabes islamisés au VIIe siècle. Le Livre des rois occupe une place unique dans la littérature universelle, même s’il peut se comparer, dans une certaine mesure et plus ou moins partiellement, au Mahâbhârata de l’Inde ancienne, à l’Iliade d’Homère, ou encore à certains romans arthuriens du Moyen Âge occidental.[2]  

On divise généralement le Livre des rois en trois parties : mythique, héroïque, historique. La première partie, la plus courte des trois, raconte l’œuvre civilisatrice de quatre rois mythiques, qui instituent la royauté, organisent la société, donnent aux hommes des métiers, inventent des techniques. Après le règne millénaire d’un tyran (Zahâk), le roi Feridun répartit son empire entre ses trois fils : à Salm revient le pays de Rum (l’Asie mineure et l’occident), à Tur le Turân (l’Asie centrale), à Iradj l’Iran. Une fois le partage du monde opéré, Ferdowsi suit principalement le destin de l’Iran, de ses rois et de ses héros.

Commence alors la partie centrale, dite héroïque, de l’épopée. Elle raconte les conflits intermittents entre l’Iran, pays des Iraniens, et le Turân, pays des Turcs. Composée de plusieurs récits secondaires ponctuant le déroulement principal de l’histoire, cette partie raconte surtout le règne de deux rois (Key Kâvus et Key Khosrow) et les aventures d’un héros célèbre (Rostam). Les récits racontés par Ferdowsi se rattachent à une vérité historique (les conflits entre l’Iran sédentaire et les Turcs nomades de l’Asie centrale), bien qu’il soit impossible de relier avec précision et certitude les personnages et événements rapportés par le poète à des figures et à des faits historiquement identifiables.

La mort de Rostam signe la fin de la partie héroïque, alors que les aventures d’Alexandre le Grand marquent le commencement de la partie historique du Livre des rois. De la dynastie achéménide, fondatrice du premier empire universel perse, Ferdowsi ne parle que de son dernier « roi des rois », Darius III, vaincu par Alexandre. Le poète raconte une histoire surtout légendaire du conquérant grec, suivant en cela des auteurs antiques comme le Pseudo-Callisthène qui ont brodé des épisodes plus ou moins fabuleux sur la trame historique : le conquérant, à la recherche de la sagesse, voyage en Égypte, visite la Kaaba en Arabie, parle avec des sages en Inde, se rend en Chine, rencontre des peuples et des contrées à la frontière du surnaturel, échoue à trouver l’Eau de Vie qui rend immortel, construit une muraille contre les forces maléfiques de Gog et Magog. Le poète persan passe sous silence les successeurs d’Alexandre (les Séleucides) et dit n’avoir rien trouvé sur les Parthes (V, 271). Il consacre le reste de son épopée aux rois sassanides, qui ont régné en Iran depuis le IIIe siècle de notre ère jusqu’à l’arrivée des armées arabo-musulmanes au milieu du VIIe siècle. Les règnes de trois rois sont longuement décrits : ceux de Bahrâm Gur (Ve siècle), de Khosrow Anushirvan (VIe siècle) et de Khosrow Parviz (VIe-VIIe siècle), dernier grand roi de la dynastie.[3]

Dans l’histoire, la culture et l’identité iraniennes, passées et présentes, le Livre des rois a au moins une triple importance. D’abord, il a préservé des traditions – orales ou écrites – de l’histoire antique de l’Iran, menacées de disparition. En effet, nombre de récits relatifs aux rois et aux héros préislamiques appartiennent à la religion zoroastrienne, dont les origines remontent au IIe millénaire avant notre ère, et qui est devenue une religion d’empire sous la dynastie perse des Sassanides (224-651). Transmises oralement pendant des siècles, les traditions zoroastriennes ne furent consignées par écrit qu’à la fin de l’époque sassanide, ou au début de l’époque musulmane, alors même que l’islam avait porté un coup quasiment fatal à cette religion au Moyen-Orient. En redisant des traditions anciennes, véhiculées oralement ou consignées dans des livres qui ne nous sont pas parvenus, Ferdowsi a contribué à les préserver, tout en leur donnant une cohérence, une force et un destin nouveaux. 

Ensuite, le Livre des rois a redonné un nouveau souffle à la conscience – culturelle et politique – d’une identité iranienne, alors que les élites iraniennes formaient le désir de reconstituer un empire perse, après la destruction, par les Arabes au VIIe siècle, de la dernière royauté en Iran : la brillante dynastie des Sassanides, longuement évoquée par Ferdowsi, et dont la culture modèlera durablement le monde musulman oriental, dans des domaines aussi divers que la conception de la royauté, l’étiquette de cour, l’organisation administrative, les arts, la littérature ou la musique. Malgré la domination de plusieurs dynasties iraniennes aux IXe-Xe siècles (Samanides en Asie centrale, Bouyides en Mésopotamie et en Iran), un empire iranien ne se reconstitua pas : le pouvoir demeura arabe (califat abbasside de Bagdad) ou passa, en Iran même, aux mains de dynasties turques ou turkmènes (Ghaznavides, Seldjoukides, Safavides, Qâdjârs), mongoles (Ilkhânides) ou turco-mongoles (Timourides). Néanmoins, le Livre des rois a cristallisé, définitivement et jusqu’à nos jours, une antiquité glorieuse et épique, une sagesse pérenne, une sensibilité poétique, une certaine vision du monde et les idéaux cardinaux d’un art de vivre. Par son verbe, qui entendait rajeunir et faire revivre l’Iran ancien, Ferdowsi a créé une forme d’empire poétique, qui a puissamment contribué, diversement selon les époques, à forger, vivifier ou renouveler une conscience iranienne et une iranité de la culture.

Enfin, le Livre des rois a consacré le persan comme langue de culture dans l’Orient musulman, à une époque où l’arabe, amené par l’islam et devenu la langue des élites, de la religion et des administrations, tendait à marginaliser les autres langues. Rythmé par des vers denses, solides et puissants, Ferdowsi a employé une langue pure et préféré des mots persans aux mots arabes qui avaient alors envahi la langue persane.[4]  

De Ferdowsi lui-même, nous ne savons presque rien. Né vers 940, mort vers 1019 ou en 1025, il vécut à Tus, dans le Khorasan, près de la ville de Mashhad, au nord-est de l’Iran. Son tombeau actuel, à Tus, fut construit en 1934.[5] Petit propriétaire terrien, il fut de confession chiite. Ferdowsi évoque à plusieurs reprises sa situation au cours de son œuvre : donnant son âge (il a 60 ans lorsqu’il écrit sur Key Khosrow (IV, 13), 63 ans lorsqu’il conte le règne du roi Ardashir (V, 481)), se plaignant de la pauvreté (V, 549-551), se lamentant de la mort de son fils (VII, 191-193), exprimant ici ou là des sentiments de désespoir et de tristesse (VI, 83). Les sources exactes (écrites et / ou orales) que Ferdowsi eut en main, et l’emploi qu’il en fit pour écrire son œuvre, font l’objet de discussions, tout comme la formation intellectuelle du poète : Nöldeke, par exemple, estime que Ferdowsi reçut une éducation de base, alors que d’autres savants comme Taqîzâda et Sherânî pensent au contraire qu’il maîtrisait les sciences de son temps.[6]

Ferdowsi commença son poème peu après 975 pour le terminer en 1010 et le poète lui-même parle de 35 ans de labeur (VII, 503). Commencée sous le règne iranien des Samanides, l’épopée fut achevée sous celui de Mahmud de Ghazna, un souverain turc sunnite qui, entre 997 et 1030, bâtit un empire couvrant le Khorasan, l’Afghanistan, une partie de l’Asie centrale et de l’Inde du Nord. Ferdowsi dédia son poème à Mahmud, dont il fait l’éloge (I, 23-27), mais le souverain ne récompensa pas le poète à la hauteur de ses espérances. Dans son œuvre, Ferdowsi met cela sur le compte de calomniateurs qui ont détourné de lui les faveurs du roi (VII, 295). Par la suite, Ferdowsi (ou un auteur inconnu empruntant son nom, son style et ses vers)[7] écrivit un poème satirique sur le souverain, lui reprochant son absence de générosité, de renom et de noblesse.[8]

Admiré pour son style, sa richesse symbolique et son influence formatrice de l’identité iranienne, le Livre des rois n’a cessé d’être lu, raconté et illustré en Iran. Il est, avec les romans versifiés de Nezâmi, l’un des textes les plus illustrés par les peintres : dans les manuscrits d’abord, mais aussi sur des objets (céramiques, œuvres en métal, tapis). Certains épisodes, comme les épreuves de Rostam, ont été maintes fois peints ou représentés sur des carreaux de céramique, sur les murs des hammams, des maisons ou des palais. Des vers de Ferdowsi sont récités lors de séances de lutte traditionnelle (zurkhâneh), et de nombreux conteurs ou acteurs populaires, dans les bazars ou les maisons, narraient certaines aventures célèbres.    

En Europe, le Livre des rois fut connu surtout grâce à Jules Mohl, orientaliste d’origine allemande qui fit paraître, entre 1838 et 1878, une traduction française plus ou moins complète du grand œuvre de Ferdowsi.[9] Malgré son importance à la fois littéraire et historique, le Livre des rois demeure relativement peu connu du grand public occidental. Il a même fait l’objet, de la part d’orientalistes du XXe siècle comme E. G. Browne ou G. E. von Grunebaum, de critiques plus ou moins négatives.[10]

 
 
 
Notes

[1] Un distique est un groupe de deux vers. Ferdowsi dit de son poème qu’il contient 60'000 distiques (VII, 295 et 503), mais il s’agit d’un chiffre rond.

  

[2] Des rapprochements, parfois pertinents, entre les romans arthuriens et le Livre des rois ont été effectués par Sir J. C. Coyajee, Studies in Shahnameh, in K. R. Cama Oriental Institute, n° 33, 1939, p. 1-307. Nombre de thèmes indo-européens (tripartition fonctionnelle, idéologie royale et guerrière, etc.) se trouvent dans le Livre des rois, mais une étude d’ensemble sur ce sujet complexe reste encore à écrire. 

 

[3] Pour un résumé du Livre des rois : Charles-Henri de Fouchécour, « Une lecture du Livre des Rois de Ferdowsi », in Studia Iranica, V, 2, 1976, p. 171-202 et B. W. Robinson, The Persian Book of Kings. An Epitome of the Shahnama of Firdawsi, London, Routledge Curzon, 2002.

 

[4] Les mots arabes forment environ 10% des types du texte de Ferdowsi : Mohammad Djafar Moïnfar, « Ferdôsî et les mots arabes », in Luqmân, VI, 2, 1990, p. 75-91.

 

[5] « Ferdowsî », in Encyclopaedia Iranica, vol. IX, p. 514-531. Voir p. 152.

 

[6] Djalal Khalegi-Motlaghi, « Ferdowsi ». Ibid., p. 514-520.

 

[7] Sur la question de cette satire : Encyclopaedia Iranica, vol. IX, p. 523-524.

 

[8] Jules Mohl a donné une traduction de cette satire dans la préface du premier volume de son édition, p. XXXVI-XXXIX.

 

[9] Djavâd Hadidi, « Ferdowsi dans la littérature française », in Luqmân, III, n°1, 1986-1987, p. 61-73.

 

[10] Dick Davis, Epic and Sedition. The Case of Ferdowsi’s Shahnameh, Washington, Mage Publishers, 2006, p. 3-6.

 

 

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Extérieur du tombeau de Ferdowsi à Tus, au nord-est de l’Iran, édifié en 1934. 

Photographie : Patrick Ringgenberg 

 

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L'Iran des Religions : du zoroastrisme aux soufis

26 septembre au 15 octobre 2015

A la croisée des routes reliant le Proche et l’Extrême-Orient, l’Iran a accueilli plusieurs religions sur son sol : le mazdéisme, transformé par Zarathoustra, le manichéisme, dont les diverses influences ont atteint l’Occident et la Chine, le judaïsme, qui a conservé plusieurs souvenirs de l’histoire antique de la Perse, le mithriacisme ou culte de Mithra, qui devint la religion des légions romaines, le nestorianisme, et le christianisme arménien, qui a fait de l’Arménie le premier État chrétien. Dès l’époque musulmane, l’Iran est devenu la terre des soufis et d’une extraordinaire floraison de la philosophie platonicienne et mystique. Au XVIe siècle, le chiisme, proclamé religion officielle, fit de l’Iran un monde à part dans l’Islam. Ce voyage exceptionnel vous invite à visiter les principaux sites sacrés qui ont façonné l’Iran des religions, de la ziggurat des Élamites au sanctuaire de l’Imam Rezâ à Mashhad, en passant par les présences subtiles du soufisme et les feux pérennes des zoroastriens.

TEHERAN – SUSE – CHOGHA ZANBIL – SHIRAZ – PERSEPOLIS – YAZD – ISPAHAN – KASHAN – TABRIZ – DJOLFA – MASHHAD  - BASTAM – DAMGHAN – QOM  (17 jours)

 

Voyage accompagné par Patrick Ringgenberg

 

Renseignements / inscriptions : Rediscoveriran.com

 

 


L’Iran du nord-ouest : à la croisée des cultures et des civilisations

30 mai au 14 juin 2015

Moins connu que l’Iran du centre, l’Iran occidental est pourtant d’une grande richesse et diversité : églises arméniennes, vestiges antiques (ourartéens, sassanides), forteresses imprenables, témoignages précieux et spectaculaires des Mongols et des Turcomans. Ce voyage permet de découvrir des jalons historiques majeurs dans cette zone de partage entre plusieurs cultures (arménienne, turque, persane), au long d’un itinéraire allant des magnifiques paysages d’Azerbaïdjan à Téhéran.  

TABRIZ – ORUMIYEH – MAKU – MARAGHEH – TAKHT-E SULEYMAN – ARDABIL – ZANDJAN   –SOLTANIYEH – QAZVIN – ALAMUT – TÉHÉRAN  (16 JOURS)


Voyage accompagné par Patrick Ringgenberg

 

Renseignements / inscriptions : Rediscoveriran.com

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