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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 10:28

Peinture sur livre 3 (p. 470)-copie-1 

 

Spiritualité d'orientation mystique née parmi les Compagnons du Prophète Muhammad, le soufisme fut d'abord une pratique surtout ascétique, soutenue par le désir d'approfondir la foi et l'intériorité et de dépasser la religiosité communautaire. Dans les deux premiers siècles de l’Islam, le soufisme forma un mouvement discret et dispersé, parallèle aux courants théologiques et juridiques apparus aux VIIIe-IXe siècles. Il connut des grands maîtres au IXe siècle (Bistami, Junayd, Hallaj), et s’implanta de plus en plus profondément dans les sociétés au cours des siècles suivants, touchant toutes les couches sociales. Au XIe siècle, Ghazali réconcilia et fit une synthèse de la jurisprudence, de la théologie et de la spiritualité mystique, et au XIIIe siècle, deux grands maîtres écrivirent les « Sommes » du soufisme : Ibn Arabi (1165-1240), né en Andalousie et mort à Damas, auteur de l’immense Les Illuminations de La Mecque, et Rumi (1207-1273), né en Afghanistan et mort à Konya (Asie Mineure), qui consigna une spiritualité d’amour et de connaissance sous la forme de poèmes. Aux XIIIe-XIVe siècles, se constituèrent, principalement entre l’Irak et l’Asie centrale, des grandes confréries, organisées autour d’un maître fondateur, et qui, tout en se ramifiant en diverses tendances, se répandirent progressivement dans l’ensemble du monde musulman.

Aujourd’hui, le soufisme constitue une spiritualité fondamentale, partout présente dans les sociétés musulmanes : populaire ou philosophique, confrérique ou parfois solitaire, il véhicule non seulement une spiritualité fervente, ouverte et plus souple que la jurisprudence, mais incarne une vision du monde complexe et subtile, qui dans les siècles antérieurs a imprégné parfois profondément la poésie, la musique et certains arts visuels. 

 

 

Quelques maîtres orientaux

 

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Mausolée de Bistami (777-848), dans le Khorasan iranien : il fut l’un des plus grands maîtres des premiers temps du soufisme, enseignant une spiritualité d’ivresse à la fois solitaire et radicale. De haut en bas : cellule de méditation (VIIIe-IXe siècle), mosquée de 1120-1121, minaret de 1120-1121 (avec un décor de briques figurant des faucons aux ailes déployées et des Arbres de paradis), iwan de 1313-1314.

 

 

Brooklyn Museum - The Execution of Mansur Hallaj From the W

 

L’exécution de Hallaj, condamné à mort en 922 au terme d’un long procès, notamment pour sa sentence « Je suis la Vérité ». D’apparence scandaleuse, cette parole fut commentée par toute la tradition soufie postérieure, qui y a surtout vu l’affirmation de l’unité entre Dieu et le mystique : le « Je » n’était pas le « moi » de Hallaj, mais le « Je » divin s’exprimant à travers un mystique éteint en Dieu, uni en Lui comme la goutte d’eau à l’océan ou le papillon brûlant dans la flamme de l’Amour. Peinture indo-iranienne de 1600/1605.   

 

 

Derviches tourneurs

 

Fondé par Rumi au XIIIe siècle, les Mevlevis, surnommés les « Derviches tourneurs », sont la confrérie la plus célèbre en Occident, représentants emblématiques d’une tendance du soufisme recourant à la poésie, à la musique et à la danse pour exprimer des états et des vérités spirituels et métaphysiques. Le Mathnawi, œuvre  majeure de Rumi, est un poème rhapsodique de 25000 vers, un fleuve de contes racontant, pour tous, tous les aspects du soufisme : la quête, l’amour, l’homme, le mystère, Dieu. Cérémonie des Mevlevis, Tekke de Galata, Istanbul. 

 

 

Soufisme 2863 

Le tombeau de Hâfez à Shiraz. Poète mystique du XIVe siècle, il est le maître insurpassé du ghazal ou poème lyrique. Son divan d’environ 500 poèmes condense une spiritualité de caractère mystique, à travers une foison de symboles à l’allure parfois « profane » (la femme, le vin, etc.), et en évoquant toutes les facettes de l’amour. Toujours lu et chanté aujourd’hui, le divan de Hâfez a contribué, au cours des siècles, à diffuser et nourrir une sensibilité mystique dans la société iranienne.

 

 

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Mausolée de N’imat Allâh Vali (v. 1329/31-1430-31) à Mâhân (province de Kerman), fondateur d’une confrérie mystique parmi les plus importantes aujourd’hui en Iran. De haut en bas : vue générale du mausolée fondé au XVe siècle, coupole abritant la tombe du saint, calligraphie d’époque safavide dans une chambre de méditation.

  

 

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Portrait de Nur Ali Shâh (XVIIIe siècle), un maître à l’origine d’un renouveau du soufisme, relégué au second plan par la conversion de l’Iran au chiisme au début du XVIe siècle, et qui plaça la vénération des Imams descendants d’Ali au cœur de sa piété et de sa mystique. Sur ce portrait de l’époque qâdjâre, Nur Ali Shâh est représenté avec un kashkul, le bol à aumône des derviches, signe de pauvreté et possible évocation de la coupe de vin mystique, et avec une hache, protection contre les dangers de la route et symbole de la guerre spirituelle contre les passions.

 

 

Khânaqâh. 

Khânaqâh (ou khânqâh), Boukhara (Ouzbékistan), 1619-20. Le khânaqâh, parfois improprement appelé « couvent de derviches », est un édifice consacré aux rituels, aux retraites, à l’enseignement d’une confrérie soufie. Leur développement et construction au cœur des villes témoigne, historiquement, de l’implantation du soufisme dans la vie et la piété communautaires.

 

 

La voie spirituelle

 

The Mantiq al-tair 

Illustration de La conférence des oiseaux de Attar (XIIe-XIIIe siècle). Peinture sur livre, Ispahan, vers 1600. Célèbre livre de poésie mystique persane, La conférence des oiseaux raconte le voyage vers Dieu sous forme allégorique : des oiseaux partent à la recherche d’un oiseau mythique, le Simorgh, figure de la Divinité.

 

 

Miraj by Sultan Muhammad

 

Le mi’râdj ou voyage céleste du Prophète Muhammad (voir : Mi'râdj Nâmeh : l'Ascension céleste du Prophète, peinte au XVe siècle ), illustré dans un livre de Nezâmi (Khamseh), peint à Tabriz en 1539-1543. Cette ascension surnaturelle, de la terre à la lumière divine, constitue pour les mystiques l’archétype du voyage vers Dieu sur l’échelle de l’initiation.  

 

 Tapis persan corrigé

 

Pour les soufis, le monde est un tapis de beauté qui révèle la Beauté divine, tout en cachant son essence. Tout comme les nœuds colorés du tapis masquent les fils de chaîne sur lesquels ils sont noués, de même le monde est un univers coloré de nœuds, de formes et de vie, liés aux fils – invisibles et essentiels – de la présence divine. Tapis à médaillon et au décor animalier. Tabriz, début du XVIIe siècle. Musée du Tapis, Téhéran.

 

 

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Le monde et l'homme sont des miroirs créés par la Divinité pour pouvoir S'y mirer dans l'infinité de ses qualités et de ses possibilités. Le pur miroir de Dieu, pour le soufis, est l'homme qui a purifié son âme des passions et qui, comme le plus parfait des miroirs, s'unit à l'Image divine qu'il reflète. Reflet de la mosquée Nasir ol-Molk dans son bassin (Shiraz, XIXe siècle).

 

 

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Pour la vision mystique, l’univers, de la terre à Dieu, est un jeu gradué de voilements et de dévoilements: toute pensée se fonde ainsi sur la relation entre l’apparent et le caché, la hiérarchie du sens littéral (exotérique) et du sens spirituel (ésotérique), l’interaction entre le visible et l’invisible. « Jour » et « contre-jour » des fenêtres ajourées de la mosquée Lotfollâh, Ispahan, 1602-1619.

 

 

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Pour des soufis comme Rumi ou Ibn Arabi, la beauté féminine est le symbole le plus transparent de la Beauté divine et une voie de contemplation pour accéder à l’Invisible. Peinture murale du palais Ali Qâpu, Ispahan, XVIIe s.

 

 

Pour en savoir plus : Le soufisme

 

Photographies : Patrick Ringgenberg et Wikimedia Commons.

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Published by guidecultureldeliran - dans Spiritualité
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Voyages en Iran

 


L'Iran des Religions : du zoroastrisme aux soufis

26 septembre au 15 octobre 2015

A la croisée des routes reliant le Proche et l’Extrême-Orient, l’Iran a accueilli plusieurs religions sur son sol : le mazdéisme, transformé par Zarathoustra, le manichéisme, dont les diverses influences ont atteint l’Occident et la Chine, le judaïsme, qui a conservé plusieurs souvenirs de l’histoire antique de la Perse, le mithriacisme ou culte de Mithra, qui devint la religion des légions romaines, le nestorianisme, et le christianisme arménien, qui a fait de l’Arménie le premier État chrétien. Dès l’époque musulmane, l’Iran est devenu la terre des soufis et d’une extraordinaire floraison de la philosophie platonicienne et mystique. Au XVIe siècle, le chiisme, proclamé religion officielle, fit de l’Iran un monde à part dans l’Islam. Ce voyage exceptionnel vous invite à visiter les principaux sites sacrés qui ont façonné l’Iran des religions, de la ziggurat des Élamites au sanctuaire de l’Imam Rezâ à Mashhad, en passant par les présences subtiles du soufisme et les feux pérennes des zoroastriens.

TEHERAN – SUSE – CHOGHA ZANBIL – SHIRAZ – PERSEPOLIS – YAZD – ISPAHAN – KASHAN – TABRIZ – DJOLFA – MASHHAD  - BASTAM – DAMGHAN – QOM  (17 jours)

 

Voyage accompagné par Patrick Ringgenberg

 

Renseignements / inscriptions : Rediscoveriran.com

 

 


L’Iran du nord-ouest : à la croisée des cultures et des civilisations

30 mai au 14 juin 2015

Moins connu que l’Iran du centre, l’Iran occidental est pourtant d’une grande richesse et diversité : églises arméniennes, vestiges antiques (ourartéens, sassanides), forteresses imprenables, témoignages précieux et spectaculaires des Mongols et des Turcomans. Ce voyage permet de découvrir des jalons historiques majeurs dans cette zone de partage entre plusieurs cultures (arménienne, turque, persane), au long d’un itinéraire allant des magnifiques paysages d’Azerbaïdjan à Téhéran.  

TABRIZ – ORUMIYEH – MAKU – MARAGHEH – TAKHT-E SULEYMAN – ARDABIL – ZANDJAN   –SOLTANIYEH – QAZVIN – ALAMUT – TÉHÉRAN  (16 JOURS)


Voyage accompagné par Patrick Ringgenberg

 

Renseignements / inscriptions : Rediscoveriran.com

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